Jessica Martins

Publié dans Portrait.

Il y a quelques mois, le témoin m’a été transmis. J’ai repoussé à chaque fois le moment où je devais me mettre à écrire ce portrait car je n’aime pas tellement parler de moi. De plus ceux qui me connaissent savent que l’écriture n’est pas ma tasse de thé. Dans un portrait, on est libre de décider ce qu’on aimerait dire, ce qu’on aimerait faire, partager avec les autres. Aujourd’hui, j’ai décidé de relever un challenge : vous parler d’un chapitre important de ma vie. Je tiens également à souligner que je suis très honorée de «paraître» dans la dernière Cendrée et j’espère pouvoir y laisser une petite trace! :-)

 

Le commencement

J’ai commencé l’athlétisme en 1996. Avant ce sport, j’ai pu pratiquer d’autres activités telles que la gymnastique artistique, la natation et le basket. Ma passion pour l’athlétisme n’est survenue que plus tard, lors de journées sportives à l’école primaire.

J’ai décidé de donner une chance à l’athlétisme car dans aucun autre sport, je n’avais ressenti une telle sensation de facilité et de plaisir. Au départ, je continuais parallèlement le basket mais, petit à petit, j’ai dû faire un choix car les entraînements se sont intensifiés des deux côtés. C’est donc à 14 ans et après avoir mûrement réfléchi que l’athlétisme s’imposa. En me projetant dans l’avenir, je me voyais plus évoluer en tant qu’athlète qu’en tant que basketteuse. Je me suis rendu compte que je me fixais de nombreux objectifs en athlétisme alors que le basket faisait plutôt office de loisir.


Au vif du sujet

En me focalisant sur l’athlétisme, je me rendais donc régulièrement au stade du Bout-du-Monde afin de découvrir la palette des différentes disciplines de l’athlétisme. J’ai donc commencé par les courses de longue distance pour ensuite évoluer dans des disciplines plus techniques. Je découvrais de nouvelles facettes de ce sport et ces nouvelles connaissances croissaient en proportion avec le plaisir que je ressentais.
Habituellement, après avoir fait le tour des disciplines de l’athlétisme, les jeunes athlètes choisissent celle avec laquelle, ils se sentent le mieux et le plus performant. Cependant, ce n’est pas ainsi que cela s’est passé pour moi. J’avais de la facilité dans plusieurs disciplines, mais plus encore, j’aimais toutes les pratiquer.

C’est pourquoi je me suis lancée dans l’heptathlon. Jessica Barbey m’a toujours encouragée sur ce chemin car elle voyait les investissements que je faisais et l’éventualité d’un parcours intéressant qui s’ouvrait à moi.

Petits inconvénients de la vie d’athlète…

La vie d’un sportif ne peut pas toujours aller sans petits incidents de parcours, je n’ai donc pas échappé à cette théorie. En avril 2005, j’ai commencé à ressentir des douleurs au pied droit mais, ayant un caractère de battante, j’ai tout de même voulu aller au bout de ma saison.

Après cela, je suis allée consulter plusieurs spécialistes, qui ont conclu que j’avais une fracture de fatigue. Afin de guérir complètement, j’ai donc fait le sacrifice de mettre un plâtre - ce qui n’était pas obligatoire. Automatiquement, les entraînements étaient mis entre parenthèse. Ce n’est que trois mois plus tard que j’ai pu reprendre le chemin du stade. Malheureusement, les ennuis ne faisaient que commencer car je me suis déchiré les ligaments croisés en mars 2006.

Ce fut une blessure assez lourde physiquement et psychologiquement. La remise en forme après l’opération était longue, beaucoup de physiothérapie et de nombreux petits exercices dans le but de retrouver la force et la puissance de ma jambe endolorie. Ne faisant pas les choses à moitié, j’ai fait partie des 10% des cas qui, après une telle opération, doivent en subir une deuxième due à un cyclope qui empêche l’extension complète du quadriceps. J’ai donc dû faire une arthroscopie en février 2007, afin de pouvoir enfin retrouver toute la mobilité de ma jambe. Je repartais de nouveau à zéro avec de nouvelles séances de rééducation.

Petit à petit, j’ai pu recommencer à faire du sport, comme le vélo et la natation, mais l’athlétisme m’était encore formellement interdit. Fin avril 2007, j’ai pu rechausser mes pointes, ce qui fut une sensation unique étant donné que cela faisait un an et demi que je ne les avais plus mises. Même si le sourire était au rendez vous, la vitesse et les sensations, quant à elles, étaient restées au vestiaire. Je me ré-entraînais progressivement sans pour autant me fixer des objectifs car j’étais focalisée sur la remise en forme de mon genou.

Lors d’une blessure, on se dit souvent que « ça y est, tout est fini », que jamais plus on ne retrouvera notre niveau, et je ne vous cache pas que je me le suis dit plus d’une fois. Puis, je me suis mise à me poser les bonnes questions, à repenser aux sensations des entraînements et des compétitions gagnées. A ce moment-là, j’ai réalisé et je me suis juré que je n’allais pas abandonner pour ces raisons, que d’autres sportifs étaient passés par là avant. J’ai donc pris sur moi et je me suis accrochée, même si bien entendu il y a eu des hauts et des bas.

Si je devais disserter sur cette grosse blessure, je dirais que c’est la pire et la meilleure chose qui me soit arrivée, la pire vous la connaissez mais la meilleure, tout simplement parce que pour la première fois je me suis retrouvée seule face à une telle situation à gérer. J’ai pu apprendre à mieux me connaître et découvrir d’autres facettes de ma personnalité. Je pense aujourd’hui avec le recul que cette blessure m’a apporté une grande maturité et de la stabilité. Ma vision de ce sport est maintenant différente, je profite de chaque instant passé sur la piste…

400m pourquoi pas ?

J’aime les défis, c’est pourquoi, lorsqu’au mois de juin 2007, après mon arthroscopie, on m’a proposé d’effectuer un 400m pour aider une équipe, j’ai évidemment accepté, sans pour autant être entraînée pour. Le challenge me motivait et je ne ressentais pas de pression particulière, car je ne m’étais fixé aucun objectif. D’autant plus que cela arrivait au bon moment, car les disciplines techniques ne faisaient pas encore partie de mes entraînements.

Ce 400m se révéla positif; c’est pour cela que j’ai continué sur cette voie en ayant pour but d’améliorer mon temps à chaque fois. Le hasard fit bien les choses car en fin d’année 2007, j’ai terminé 3ème aux Championnats suisses Elites et championne suisse Juniors avec un record de 54’59.
Parfois, je repense aux disciplines de l’heptathlon, mais actuellement, je me vois plutôt évoluer sur le 400m et sur 400m haies.

La remise en question

Après la fin d’une saison plutôt mémorable, j’ai décidé de faire une année sabbatique dans le but d’améliorer mes performances linguistiques, de découvrir des pays et de vivre de nouvelles expériences. C’était aussi l’occasion pour moi de réfléchir sur mon avenir professionnel: je n’avais pas envie, après le Collège, de reprendre directement les études.

Durant cette année, j’ai continué à m’entraîner, mais ce n’était pas du tout régulier. Je n’étais pas toujours présente et j’avais besoin d’évasion. C’est donc pour cela que l’année 2008 a été très pauvre en compétitions. De plus, les douleurs à mon tendon d’Achille ne lâchaient pas prise, ce qui m’empêchait de faire des entraînements corrects. Au retour de mes nombreux voyages, j’ai tout de même décidé de faire les Championnats suisses individuels Juniors. Avec bien évidemment presque aucun entraînement, mais je voulais juste savoir où j’en étais, sans aucun objectif précis.

Cette course a été l’une de mes plus grosses erreurs, car mon genou et ma jambe gauche étaient fragiles, j’avais perdu de ma musculature, et rien ne s’était jamais vraiment remis de l’opération du ligament croisé. Pendant l’échauffement, je sentais déjà des douleurs dans ma cuisse, sans pour autant trop m’y attarder... J’avais fait tout ce chemin et je ne voulais pas stopper maintenant. J’ai pris le départ de la course alors que j’aurais dû m’écouter. A l’avenir cela me servira de leçon, mieux vaut rater une course plutôt que de se retrouver blessée pour les 2 mois à venir. Après une fin de course sous la douleur, je me suis rendu compte que les conséquences seraient plus grandes…En effet, je me suis déchiré une partie du quadriceps gauche, ce qui a valu plusieurs mois de pause et de rééducation. Je n’ai pu reprendre que tard dans la saison et j’étais en retard dans ma condition physique et mes entraînements. J’avais perdu de la motivation et je n’étais plus sûr d’avoir le courage de reprendre de nouveau les compétitions et de me donner à fond dans mes entraînements.

Après quelques mois de flou, je me suis laissé reprendre par cette passion et, même si je savais qu’il me faudrait du temps pour me remettre dedans psychologiquement et physiquement, je voulais continuer…
Cette saison 2009 a été pour moi une année de transition; je reprenais mes marques au niveau de la piste, du groupe, du nouveau coach et de ma motivation après tant d’imprévus. Et je ne vous cache pas que ça n’a pas été facile, que ça a pris du temps et que j’ai eu pas mal de doutes. Heureusement pour moi, je ne lâche pas facilement prise, sinon il y aurait belle lurette que je serais loin ! 
La saison a commencé doucement, je reprenais gentiment mes marques, j’ai de nouveau retrouvé l’envie et l’espoir de faire de bons résultats et d’avancer. J’ai effectué des temps proches de mon record, j’ai retrouvé des sensations, des émotions et cette motivation que j’avais perdue. Même si je n’arrivais pas à descendre en dessous de 55 secondes, je gardais espoir et je fixais mon objectif à plus long terme. C’était déjà positif de me retrouver sur la piste en ayant du plaisir…

Malheureusement, la fin de la saison a été plutôt catastrophique. J’ai eu de nouveau quelques soucis avec mon tendon d’Achille, et les douleurs à mon quadriceps me rappelaient qu’il n’était pas encore totalement guéri. Ces soucis ont freiné ma saison au moment le plus important et j’ai dû arrêter plusieurs semaines. Mon corps me disait tout simplement stop. Lors des entraînements, je n’y arrivais plus, je n’avançais plus et puis gentiment, c’est ma tête qui m’a laissé tomber... J’étais en total « burn out ». Impossible pour moi de faire la moindre compétition, à chacune d’entre elles, je me voyais complètement larguée sans aucune raison… Dans ces moments-là, il faut savoir s’écouter et c’est ce que j’ai fait. C’est pourquoi j’ai décidé cette année de ne pas faire ces Championnats suisses individuels, même si c’était une lourde décision.

A suivre…

Après une fin de saison plutôt négative et conséquente, je me suis pas mal remise en question par rapport à ce que je voulais dans la vie, qui j’étais vraiment et ce que ce sport représentait pour moi. Je me rappelle encore de moi en 2005, période où je ne me posais pas ce genre de questions, où je n’avais eu encore aucune blessure et où je savais ce que je voulais. Je vivais pour ce sport, toute ma vie était basée sur l’athlétisme.

Puis, durant toutes ces années, j’ai grandi, j’ai vécu d’autres expériences que la vie m’a apportées, j’ai rencontré des personnes incroyables, j’ai ouvert mon cœur et ma vie à d’autres choses que l’athlétisme, même si ce dernier m’apporte énormément. Maintenant je suis beaucoup plus sereine et je fais la part des choses. Je me cherche toujours, mais plus j’avance et plus j’apprends à me connaître. Je découvre petit à petit d’autres côtés de ma personnalité que j’apprends à accepter.

Actuellement, je suis de nouveau a l’écart de la piste, car j’espère enfin régler mes histoires de tendon d’Achille pour de bon. Malgré tout, je continue à m’entraîner (vélo et condition physique) et avoir du plaisir, même si certains moments sont plus durs que d’autres. Ces dernières années ont été assez mouvementées et je me demande parfois où tout ça va me mener et pourquoi je recommence sans cesse si c'est pour qu’à la fin, je doive me ramasser encore et encore. Je me demande aussi si je suis faite pour le sport d’élite parce que mon corps me l’a montré à plusieurs reprises, il n’arrive plus à suivre avec toutes ces blessures. Je me pose des questions sur mes priorités, et sur ce que j’aime dans la vie. Toutes ces pensées viennent de moi, je dois les écouter et les prendre en compte, c’est ce qui fait ma personne.

Je sais que ces temps je suis instable et que ça fait un moment que j’ai perdu ma rage de vaincre et de réussir. Mais je n’arrêterais pas parce que je suis blessée ou parce que c’est trop difficile. Le jour où je sentirais que j’ai fait mon temps et que je pense avoir fait le tour de l’athlétisme, c’est à ce moment-là que je poserai mes pointes au placard.
Quoiqu’il en soit pour le moment je suis là ! Et je compte bien y rester !

Pour le meilleur et pour le pire, on se retrouvera cet été sur la piste pour de nouvelles aventures !

Voilà un long chapitre de ma vie que je souhaitais partager avec vous…
Merci à tous ceux qui m’ont soutenue et qui ont toujours été là pour moi !

Jessica Martins

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